L’année 2019 en environnement

L’année 2019 en environnement

par Jérôme Casavant

Que l’on y croie ou pas, les bouleversements climatiques et les symptômes qui en découlent sont devenus peu à peu le sujet dominant des dernières années et il est fort à parier qu’ils deviendront un enjeu majeur dans la prochaine décennie qui est sur le point de s’amorcer. Thème récurrent dans notre flux de nouvelles quotidien, les changements climatiques ont été catapultés au front durant l’année 2019. Voici un petit tour d’horizon des grands thèmes environnementaux qui ont ponctué l’année.
Mouvement étudiant pour le climat et manifestation historique du 27 septembre

Sans aucun doute, Greta Thunberg a marqué l’imaginaire collectif durant l’année 2019. Figure de proue du mouvement de lutte aux changements climatiques, la jeune activiste suédoise est à l’origine du mouvement étudiant pour le climat qui rallia des millions de personnes derrière la cause. Le message martelé à maintes reprises par la porte-parole du mouvement durant les sommets internationaux est de s’unir et d’écouter la communauté scientifique internationale. Pour elle, la question climatique et la crise écologique vont bien au-delà des partis politiques[1].

Logo du mouvement « Earth Strike ». Crédit: www.earth-strike.com

La grève étudiante pour le climat, qui démarra le 20 août 2018, appelle les étudiants du monde entier à manifester dans les rues chaque vendredi en faveur de l’action pour contrer le réchauffement climatique. Par ailleurs, le mouvement atteint un point culminant le 27 septembre 2019 alors que près d’un demi-million de personnes défilent dans les rues de Montréal pour manifester au côté de la jeune militante suédoise. Plusieurs autres manifestations monstres eurent lieu à travers le Canada et à l’internationale cette même journée. Toutes ces manifestations s’adressent directement aux dirigeants du monde, qui sont accusés de trainer le pas par rapport à la transition écologique et de détourner l’attention des enjeux climatiques[2].

Canicules et feux de forêt en Amazonie

Les effets intempestifs des perturbations climatiques se sont fait sentir plus que jamais en 2019. Plusieurs records de chaleur ont été enregistrés en Europe durant l’été.

La France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont tous battu des records de chaleur durant l’été 2019. Pendant le mois de juillet, le mercure a dépassé la barre de 40 degrés Celsius dans la plupart des régions, laissant à haut risque les plus vulnérables, comme les personnes âgées et les jeunes enfants[3]. En France seulement, les canicules intenses ont entraîné la mort de 1 500 personnes[4].

De plus, la période estivale 2019 a également été le théâtre de nombreux feux de forêt qui ont ravagé le cœur de l’Amazonie. Les images satellites des « poumons de la Terre » ravagés par les flammes ont choqué l’opinion publique et créé l’indignation auprès de la communauté scientifique internationale. L’activité agricole, comme le défrichage légal et illégal des terres par les agriculteurs, serait la cause principale des feux[5]. Les scientifiques et les environnementalistes dénoncent en cœur le gouvernement brésilien du président Jair Bolsonaro, accusé d’encourager les agriculteurs à pratiquer la déforestation. Selon l’institut national de recherche spatiale (Inpe), la déforestation amazonienne a atteint 920,4 km² en juin 2019, une augmentation de 88% par rapport à l’an dernier à pareille date[6].

Vue aérienne de la ville de Candeiras do Jamari dans l’état de Rondonia, Brésil. (Photo: Victor Moriyama / Greenpeace)

NB. La forêt amazonienne possède 13% des arbres de la planète et produit 20% de l’oxygène sur Terre.

Crise du recyclage et ouverture d’un nouveau centre de tri à Montréal

Depuis maintenant environ 2 ans, le Québec traverse une crise du recyclage sans précédent dans son histoire. D’abord, cette crise ne touche pas seulement notre province, mais une grande partie de la communauté internationale, principalement les pays développés.

Crédit photo: Radio-Canada

L’élément déclencheur de cette crise remonte au début de l’année 2018 alors que la Chine, principal acheteur des matières récupérées au Québec, décide d’imposer une limite de 1% de contaminants dans le papier qu’elle recycle. Avant cette nouvelle réglementation plus que contraignante, le taux de contamination du papier et du plastique se situait entre 15 et 20% [7] . La nouvelle politique chinoise eut donc pour conséquences de faire drastiquement chuter le prix des ballots de papier sur les marchés internationaux[8]. À Montréal seulement, le prix moyen des matières recyclables par tonnes est passé de 154$ à 20$ entre 2017 et 2019[9]. Résultat : ne trouvant plus d’acheteur, les centres de tri du Québec fonctionnent à perte et les ballots de matières recyclables s’accumulent dans leurs cours.

Quelques pistes de solutions pour régler la crise ont été pensées. Entre autres, de créer une économie circulaire au Québec permettant de consommer, récupérer, recycler et revaloriser ici même, dans la province. Pour ce faire, Québec devra faire appel à l’aide des entreprises d’ici afin d’effectuer le rachat des matières recyclables. Cependant, les matières récupérées doivent remplir certaines normes de qualité afin d’être traitées ici, ce qui peut rendre le processus plus compliqué que prévu. De plus, les centres de tri du Québec ont un besoin criant de se moderniser afin d’effectuer un traitement des matières plus performant pour la remise en marché. La mise en place d’une consigne pour le verre, longue saga fortement médiatisée depuis janvier 2019[10], pourrait également permettre de désengorger les centres de tri du Québec. Toutefois, un rapport public d’Éco Entreprises Québec (ÉEQ), un OBNL privé, appel plutôt à la modernisation des centres de tri, jugée moins couteux qu’un système de consigne, ce qui rend bien sceptiques les militants pour l’adoption d’une consigne sur le verre[11].

Parallèlement, l’ouverture du nouveau centre de tri dans l’arrondissement de Lachine aidera à traiter 100 000 tonnes de matière par année et permettra de traiter plus de 90 000 tonnes de fibres, de plastique, de métaux et de verres annuellement[12]. Cela diminuera la pression sur le centre de tri de Saint-Michel. Cependant, dans le contexte actuel, une responsabilisation des principaux émetteurs des matières sur le marché, notamment les grandes chaines de restauration rapides, serait de mise. Responsabiliser davantage la population au tri des matières et à la réduction à la source est tout aussi important. Cela pourrait passer par une augmentation des activités de formation et de sensibilisation auprès des citoyens.

La crise est donc loin d’être terminée et se poursuivra certainement en 2020. À suivre…

Bannissement des plastiques à usage unique au Canada et Montréal zéro-déchet en 2030

En marge des élections fédérales, le gouvernement du Canada a fait l’annonce en juin 2019 de l’interdiction de la vente d’articles en plastique à usage unique d’ici 2021. Pailles de plastique, cotons-tiges, assiettes, couverts, récipients en polystyrène et bien d’autres, son dans la mire d’Ottawa. Enfin, selon des sources de la Presse canadienne, le projet de loi fera l’objet d’un examen complet afin d’être bien mis en place. Les producteurs d’emballages en plastiques se verront notamment obligés d’assurer que chacun de leurs produits soit recyclables ou réutilisables[13].

Crédit photo: Wikimedia Commons

Plus ambitieuse encore dans ses cibles de réduction de déchets, la Ville de Montréal souhaite adopter le zéro-déchet d’ici 2030. L’administration Plante désire détourner 85% de ses matières résiduelles des sites d’enfouissement à l’aube de 2030 et 70%, comme cible intermédiaire, d’ici 2025[14]. Pour atteindre cet objectif ambitieux, la Ville mise sur la mobilisation des acteurs impliqués (entreprises, institutions, citoyens, etc.) et sur une utilisation optimale du bac brun.

Montréal-Nord et bac brun

Parlant de bac brun, celui-ci à la cote à Montréal-Nord. Selon les statistiques de l’Arrondissement, en un an seulement, les résidents de Montréal-Nord ont réduit de 4,4% la quantité d’ordures ménagères produite. De ce fait, ils ont également jeté deux fois plus de résidus alimentaires au bac brun en 2018 qu’en 2017[15].

Une partie du secteur du nord-est n’a pas encore reçu le brun pour le moment, mais les recevra à l’automne 2020. L’ensemble du quartier sera alors desservi par la collecte des résidus alimentaires.

Il s’agit là d’un très beau bilan pour Montréal-Nord et tout porte à croire, si la tendance se maintient, que les chiffres énoncés ici haut seront en hausse pour 2019 et 2020.

Conclusion

Pas de doute, l’année 2019 aura jeté de la lumière sur les enjeux environnementaux. Qui aurait cru que l’environnement serait à l’avant-plan d’une campagne électorale un jour ? 2020 sera potentiellement la décennie la plus importante au niveau des décisions qui seront prises collectivement pour la lutte aux changements climatiques. Le travail est très loin d’être terminé, il ne fait que commencer.


[1] L’Echo, « Nous devons écouter les scientifiques » (Greta Thunberg), En ligne, <https://www.lecho.be/economie-politique/international/general/nous-devons-ecouter-les-scientifiques-greta-thunberg/10165745.html>, 19 décembre 2019.

[2] Radio-Canada, Plusieurs centaines de milliers de manifestants à Montréal pour le climat, En ligne, <https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1318625/forte-mobilisation-greve-mondiale-climat-greta-thunberg>, 19 décembre 2019.

[3] Le Journal de Montréal, Canicule de juillet : 1,5 ° à 3 °C plus chaud à cause du réchauffement climatique, En ligne, <https://www.journaldemontreal.com/2019/08/02/canicule-de-juillet-15-a-3c-plus-chaud-a-cause-du-rechauffement-climatique>, 19 décembre 2019.

[4] Vie publique, Bilan de la canicule 2019 : 1 500 décès enregistrés cet été, En ligne, <https://www.vie-publique.fr/en-bref/270623-bilan-de-la-canicule-2019-1-500-deces-enregistres-cet-ete>, 19 décembre 2019.

[5] The New York Times, Fires in Amazon Rain Forest Have Surged This Year, En ligne, <https://www.nytimes.com/2019/08/21/world/americas/amazon-rainforest.html>, 19 décembre 2019.

[6] Globo, Desmatamento na Amazônia em junho é 88% maior do que no mesmo período de 2018, En ligne, <https://g1.globo.com/natureza/noticia/2019/07/03/desmatamento-na-amazonia-em-junho-e-88percent-maior-do-que-no-mesmo-periodo-de-2018.ghtml>, 19 déembre 2019.

[7] L’itinéraire, Matière contaminée – Crise du recyclage, En ligne, <https://itineraire.ca/article/392/matiere-contaminee—crise-du-recyclage-?fbclid=IwAR21SZzQWnGULf8gHIOvGMu9pb8WSsj_f101you8yiDnAc7d7iezikKAWx0>, 26 décembre 2019.

[8] Radio-Canada, Crise du recyclage : la qualité des matières recyclées est le nœud du problème, dit la ministre Melançon, En ligne, <https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1103964/crise-recyclage-quebec-rencontre-solutions-ministre-melancon-chine>, 19 décembre 2019.

[9] Journal Métro, Industrie du recyclage: quelles solutions pour s’attaquer à la crise?, En ligne, <https://journalmetro.com/actualites/national/2403213/industrie-du-recyclage-quelles-solutions-pour-sattaquer-a-la-crise/?fbclid=IwAR0QiESnXJkQUJKeUl8SfHIORgjcpRDMPgyOuWBIlo_t-VqXJVA9DqkiQ5Q>, 19 décembre 2019.

[10] Journal Métro, Un mouvement national pour forcer la SAQ à consigner le verre, En ligne, <https://journalmetro.com/actualites/national/2049698/un-mouvement-national-pour-forcer-la-saq-a-consigner-le-verre/>, 19 décembre 2019.

[11] Journal Métro, Un rapport écartant la consigne du verre au Québec mis en doute, En ligne, <https://journalmetro.com/actualites/2198183/un-rapport-ecartant-la-consigne-du-verre-au-quebec-mis-en-doute/>, 19 décembre 2019.

[12] TVA, Montréal inaugure son nouveau centre de tri des matières recyclables, En ligne, <https://www.tvanouvelles.ca/2019/11/12/montreal-inaugure-son-nouveau-centre-de-tri-des-matieres-recyclables?fbclid=IwAR2mUqdM2rbCEdzqKeGujtG9q949x9CFlZ-vOoJi4XZAEIoRoRAI6jYMGBo>, 26 décembre 2019.

[13] Radio-Canada, Ottawa veut interdire les articles en plastique à usage unique d’ici 2021, En ligne, < https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1178164/gouvernement-federal-interdiction-plastique-usage-unique-2021>, 19 décembre 2019.

[14] La Presse, Montréal vise le zéro-déchet pour 2030, En ligne, <https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/201910/17/01-5245762-montreal-vise-le-zero-dechet-pour-2030.php>, 19 décembre 2019.

[15] Journal Métro, Les Nord-Montréalais récupèrent deux fois plus de matières organiques, En ligne, <https://journalmetro.com/local/montreal-nord/2390547/les-nord-montrealais-recuperent-deux-fois-plus-de-matieres-organiques/>, 19 décembre 2019.

CRD et Encombrants : quels enjeux pour les prochaines années à Montréal-Nord ?

CRD et Encombrants : quels enjeux pour les prochaines années à Montréal-Nord ?

par Nataël Bureau

Que ce soit au début du printemps, près de la période de déménagement ou tout juste après les fêtes, les encombrants et leurs cousins proches, les résidus de construction, démolition et rénovation apparaissent en plus grand nombre au coin de nos rues. S’il est possible de les récupérer (Oui, Oui !), souvent ils se retrouvent avec les ordures. Nous nous penchons ici sur l’enjeu de la revalorisation de ces matières.
Qu’est-ce qu’un encombrant ou des résidus de construction, de rénovation et de démolition (CRD) ?

Il y a deux familles d’encombrants, soit les électroménagers et le mobilier. Tous les électroménagers, ne comportant pas de gaz réfrigérants, peuvent être déposés en bordure de rue le vendredi de chaque mois.  Pour se débarrasser de manière écoresponsable de nos frigos, climatiseurs et compagnie, il est fortement recommandé d’aller porter ces appareils à l’écocentre le plus près. La quantité de gaz que peut dégager un seul frigo aux ordures peut aller jusqu’à 3,7 tonnes métriques en équivalent de CO₂ – un voyage de 17 000 kilomètres en voiture. Il est donc impératif de bien s’en départir.

La gamme de mobilier acceptée est aussi large que sont les goûts en design durant les dernières décennies ! Que ce soit en bois ou en métal, en verre ou en plastique, le mobilier peut être déposé en bordure de rue pour la collecte sélective du vendredi… à condition qu’il ne soit pas rembourré. En effet, les meubles rembourrés sont généralement interdits au niveau de toute la Ville de Montréal, en raison des risques de propagation des parasites, notamment les punaises de lit. C’est aux ordures que l’on doit disposer des meubles rembourrés plutôt.  Même si ce n’est qu’un coussin sur le dossier d’une chaise, ce meuble ne devrait pas se retrouver dans la collecte malheureusement : la santé publique d’abord ! Pour savoir comment disposer de meubles possiblement contaminés, vous pouvez consulter la rubrique sur le sujet en cliquant ici.

Les résidus de construction, de rénovation et de démolition, aussi appelés plus succinctement les CRD, sont pour en majorité les débris provenant des activités liées aux bâtiments et à la voirie. Ici, nous n’avons qu’une grande famille de CRD qui comprend le bois, les morceaux d’asphalte, la roche, les dispositifs de salle de bain, des vitres (non brisées) et à peu près tout ce qui se retrouve dans les murs de votre maison et qui n’est pas une matière dangereuse. L’amiante, malheureusement, encore présent dans les plus vieux bâtiments ne doit pas être déposée dans la collecte sélective ni à un écocentre : il faut faire affaire avec des professionnels à ce moment-là !

La récupération des encombrants et des CRD permet de valoriser ces matières, de diminuer la pression sur nos sites d’enfouissement et de diminuer en partie la quantité des matières produites lorsqu’elles sont réutilisées. L’arrondissement de Montréal-Nord a fait le choix d’offrir hebdomadairement un service de collecte de ces matières : servons-nous-en !

Enjeux de récupération liés aux encombrants en 2019

            Comme nous l’avons mentionné plus haut, les périodes du ménage printanier, des déménagements et des fêtes voient augmenter le nombre d’encombrants déposé en bordure de rue. Une grande partie de ces encombrants sont toujours déposés lors de la journée des ordures, ce qui pose problème à deux niveaux.

Tout d’abord, ces matières ne sont plus collectées avec les ordures ce qui fait augmenter le nombre de résidus sur la voie publique. Cette problématique devient plus importante avec les périodes de déneigement où les trottoirs doivent être déblayés. Pour faciliter les déplacements des piétons et le travail des déblayeurs, il est nécessaire de les déposer au bon moment, c’est-à-dire entre 19h et 7h le vendredi.

Ensuite, les encombrants qui pourraient être pris par inadvertance dans la collecte des ordures ne pourront être revalorisés. De plus, il s’agit de coûts de gestion plus élevés pour les sites d’enfouissement qui rassemblent alors des matières occupant un plus grand volume. Rappelons-nous que l’un des sites les plus importants accueillant 39% des déchets montréalais fermera d’ici 10 ans au rythme actuel[1].

Montréal-Nord a encore du travail à faire pour augmenter la quantité (Kg/Habitant/Année) des encombrants récupérés et atteindre le reste des autres arrondissements de Montréal. En effet, les dernières données de 2018 montre que le taux de récupération pour Montréal-Nord se situe à 59%, en hausse de 4% par rapport à 2017, alors que la moyenne montréalaise se trouve à 70% (68% en 2017)[2]. Un rattrapage est en cours, mais nous devrons continuer à encourager la participation des citoyen.ne.s de Montréal-Nord.

Les matières récupérées, notamment les électroménagers et le mobilier composé de métal, ont de hauts taux de valorisation[3], ce qui rend leur récupération et leur détournement des sites d’enfouissement encore plus intéressants. Avant de terminer sur les encombrants, il faut rappeler qu’il est toujours possible de donner une deuxième vie à une bonne partie de nos meubles. De entreprises et des organismes œuvrent à la remise en condition et à la revente de produits seconde main : informez-vous !

Enjeux de valorisation des CRD en 2019

            Plusieurs municipalités compilent ensemble les chiffres liés aux encombrants et aux CRD. Or, les CRD ne sont pas recyclés, dans la majorité, de la même manière que les encombrants et comportent leurs propres enjeux de valorisation. Que ce soit des agrégats de bitume, du bois peint ou de la pierre concassée, les CRD occupent une part importante des résidus générés à Montréal.

            L’enjeu principal des CRD actuellement porte sur la réduction de ces résidus à la source et au recyclage sur place (par les contracteurs)[4]. En effet, plusieurs techniques plus écologiques issues de l’écogestion de chantier peuvent être utilisées par les contracteurs en construction : utilisation de matériaux plus écologiques ou réutilisés, par exemple. Une autre technique, la déconstruction sélective, permet aussi de retirer graduellement les matières d’un bâtiment et de les trier au fur et à mesure qu’elles sont retirées. Cette dernière technique permet d’augmenter le recyclage sur place et donc de diminuer la génération de résidus envoyés aux centres de tri de CRD.  

            Au niveau des matières recyclées ou revalorisées, le bois, le gypse et la fraction fine sont les enjeux qui occupent les entreprises du secteur et qui font l’objet des dernières innovations en la matière.

            Le tiers du bois vierge (arbres ou charpente) est encore envoyé à l’élimination : un tiers est recyclé dans de nouveaux produits et un tiers est envoyé à la valorisation énergétique. Le bois traité, quant à lui, est presque exclusivement envoyé à la valorisation énergétique (production de chaleur) ou à l’enfouissement. Au niveau du bois traité, une nouvelle technique de « détraitement » élaborée au Québec pourrait permettre de recycler ce bois comme le bois vierge[5]. La technique est encore expérimentale, mais c’est ce genre d’innovation qui nous amènera plus loin dans la gestion de nos résidus.

            Le gypse est une autre matière difficile à recycler ou à revaloriser en raison de son taux de contamination et de sa friabilité comme matière. Au Québec, 90% du gypse, une matière communément trouvée dans nos murs, se retrouvent dans les dépotoirs. Quelques débouchés intéressants commencent cependant à apparaître : réutilisation de la matière dans la production de ciment et recyclage dans de nos nouveaux panneaux. Le recyclage sur place est aussi une avenue, car c’est la désagrégation du panneau durant son transport vers le centre de tri qui l’amène à être rejeté vers l’enfouissement. Pour ce faire il faudra que le secteur de la construction revoie encore une fois ses pratiques sur le chantier et de trouver des manières de recycler ou de valoriser sur place la matière générée.

            Le dernier élément et le plus complexe est la fraction fine : mélange de matières de moins de 2 centimètres. Cette matière mélangée est souvent issue de l’accumulation de particules tombant des courroies dans les centres de tri de CRD. Cette matière mélangée représente le quart des matières sortants des centres de tri de CRD et ne peut plus être utilisée comme agent de recouvrement dans les sites d’enfouissement depuis quelques années en raison du dégagement des odeurs liées au gypse pourrissant. Cette situation a permis de stimuler la recherche de nouveaux débouchés : abrasif hivernal pour les routes, ajout en calcium pour le ciment, etc. Nous sommes encore au niveau des études, mais il s’agit de voies intéressantes pour les 480 000 tonnes produites annuellement de fraction fine.

Conclusion

            Clairement, nous devons collectivement développer des innovations et de nouvelles pratiques afin d’augmenter le recyclage et la valorisation des encombrants et des CRD récupérés. Comme citoyen.ne de Montréal-Nord, ce que nous pouvons faire immédiatement, est de participer aux collectes appropriées et d’en parler avec nos voisins et nos voisines. Ce que nous devons viser : une participation toujours plus nombreuse !

            Chez Éconord, nos patrouilleurs et nos patrouilles environnementales passent chaque été dans nos rues afin de sensibiliser les citoyens et les citoyennes de Montréal-Nord et de les inviter à participer à la collecte des encombrants et CRD. Ces efforts nous permettront de dégager les bordures de rue, de détourner de l’élimination des quantités toujours plus grandes de ces matières et de rattraper le reste de Montréal notre en termes de quantités récupérées.

Si vous les voyez patrouiller durant l’été, n’hésitez pas à leur poser des questions : ils et elles sont formé.e.s pour vous répondre. Sinon, tout au long de l’année vous pouvez nous rejoindre à l’un de nos deux locaux ou consulter le site web de l’arrondissement. Nous tiendrons aussi prochainement des ateliers sur différents thèmes, notamment le tri et les matières résiduelles. Gardez-vous au courant en vous inscrivant à notre infolettre et en consultant notre calendrier. Vous pouvez rejoindre l’auteur de l’article en composant le (514) 326-5447 en semaine pour toute question ou commentaire.


[1] La Presse, Montréal veut adopter des « cibles ambitieuses » pour réduire à zéro la quantité de déchets qu’elle enfouit d’ici 2030, En ligne ,<https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/201910/17/01-5245762-montreal-vise-le-zero-dechet-pour-2030.php>, 20 novembre 2019.

[2] Ville de Montréal, BILAN 2018 DES MATIÈRES RÉSIDUELLES DE L’AGGLOMÉRATION DE MONTRÉAL, En ligne, <http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/ENVIRO_FR/MEDIA/DOCUMENTS/BILAN_2018_MATIERES_RESIDUELLES.PDF>. 20 novembre 2019.

[3] RECYC-QUÉBEC, Les encombrants – Fiches informatives, En ligne, <https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/Fiche-info-encombrants.pdf>, 20 novembre 2019.

[4] RECYC-QUÉBEC, Résidus de construction, de rénovation et de démolition (CRD), En ligne <https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/Fiche-info-crd.pdf>, 20 novembre 2019.

[5] Vecteur Environnement, Résidus de construction, de rénovation et de démolition – Comment les valoriser davantage ?, Septembre 2019, p.40-45.

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