Les enjeux montréalais de l’eau potable

Les enjeux montréalais de l’eau potable
Chaque été nos patrouilleurs et nos patrouilleuses parcourent les rues de Montréal-Nord dans le but de sensibiliser la population à la réduction du gaspillage de l’eau potable. Ces actions de sensibilisation sont cruciales pour la protection de l’environnement. En effet, les populations montréalaise et québécoise sont parmi les plus grandes consommatrices d’eau potable au monde ! Pourtant, un grand nombre d’idées préconçues circulent et restent fortement ancrées chez nos concitoyens et nos concitoyennes – ressource plus qu’abondante, gratuité apparente, faible impact écologique de la consommation, etc. Cet article vise à dresser un portrait de la situation sur l’eau potable et son usage à Montréal. 
La consommation d’eau potable en chiffres

Commençons par dresser un portrait de la situation sur l’île de Montréal. La majorité de la production et du début de la chaîne d’approvisionnement de l’eau potable à Montréal est concentrée à deux usines de traitement, soit les usines d’Atwater et Des Baillets. La carte ci-dessous nous donne un aperçu de la couverture en eau potable sur l’île de Montréal.

Les usines de l’ouest de l’île ont des capacités plus limitées et ne servent qu’à alimenter les villes-liées et les anciennes villes-liées aujourd’hui devenues des arrondissements de la Ville de Montréal. Les deux usines principales d’Atwater et Des Baillets approvisionnent donc tout le centre et tout l’est de Montréal en eau potable.

La production totale d’eau potable pour l’agglomération de Montréal (l’île au complet) est gigantesque. En 2017, c’était 567 millions de mètres cubes annuellement qui étaient produits pour une consommation journalière par personne de 767 litres. Sauf que des chiffres sans les comparer ne permettent pas de bien comprendre une situation. Alors, regardons du côté de la consommation canadienne en eau potable. Au Québec, la consommation par personne par jour est déjà beaucoup plus faible à 573 litres (2015), mais si l’on regarde la moyenne ontarienne l’écart se creuse drastiquement à 370 litres par personne par jour (2015) ! Si l’on regarde la moyenne d’un autre pays développé que l’on connaît bien, la France, l’écart se creuse et il devient presque gênant : environ 140 litres par personne par jour actuellement. 

Les mesures pour réduire cet écart dans les deux dernières décennies

Plusieurs facteurs expliquent que nous soyons de si grands consommateurs d’eau. La plupart d’entre eux sont des facteurs sur lesquels nous pouvons avoir un certain contrôle. Cette moyenne que nous avons présentée de 767 litres par personne par jour comprend la consommation du secteur résidentiel, mais aussi des secteurs industriel, commercial et institutionnel. De plus, cette consommation d’eau inclut les pertes dans les conduites d’eau, qui est un problème important dans notre réseau montréalais vieillissant. Certains usages non mesurés comme les bornes d’incendie, les purges du réseau et les usages sur les chantiers ont aussi un certain impact sur cette consommation en eau potable. Il en coûte 100$ par année par habitant actuellement pour produire annuellement notre eau potable. C’est près de moitié moins en comparaison d’autres grandes villes nord-américaines. C’est probablement en partie à cause de ses coûts relativement faibles que la lutte aux gaspillages et aux pertes a été si tardive.

L’un des problèmes les plus importants est bien sûr lié à l’état des conduites d’eau. Les conduites de Montréal sont constituées de différents matériaux, d’un nombre important de conduites datant du début du siècle dernier et parfois la Ville doit trouver des moyens de prolonger la vie des conduites d’eau. Un sous-investissement dans l’entretien et le remplacement des conduites d’eau à Montréal dans les dernières décennies cause aujourd’hui un réel fardeau et un casse-tête pour le Service de l’eau de la Ville. L’état des conduites d’eau est déficient et explique en partie la réputation de Montréal pour ses cônes orange. C’est le taux de fuite du réseau d’aqueduc qui nous permet de rendre compte de cet état du réseau. Si le taux de fuite était de 40% en 2001, il se situait à 31 % en 2017. Une amélioration importante, mais encore loin des 20% qui étaient visés pour 2017 (selon la cible de Québec), d’où une continuation des efforts de la Ville en la matière.

Un autre plan d’attaque de la Ville visant la diminution de la consommation d’eau a été de s’attaquer aux systèmes de réfrigération sans boucle de recirculation commerciale. Ces systèmes pouvaient utiliser de 3000 à 10 000 litres d’eau par jour pour simplement refroidir sur les étals réfrigérés votre boisson préférée ! Depuis 2018, ces systèmes sont interdits par la Ville de Montréal et leur usage est passible d’une amende plutôt salée. L’eau doit être réutilisée dans ces appareils au lieu d’être rejetée aux égouts après un seul passage : une économie importante en eau potable.

Du côté des particuliers, plus précisément du secteur résidentiel, le Service de l’eau avec le Regroupement des Éco-quartiers a lancé la patrouille bleue il y a quelques années. La patrouille bleue, présente dans de nombreux arrondissements, circule dans les rues et rencontre les citoyens et les citoyennes afin de les sensibiliser à la réglementation sur l’eau potable. En effet, la réglementation sur l’eau prévoit des horaires pour les arrosages de jardin, l’interdiction de nettoyer les surfaces pavées avec un boyau d’arrosage et encadre les remplissages des piscines (contenant des milliers de litres d’eau chacune).

La patrouille bleue et les éco-quartiers offrent aussi un éventail de conseils pour économiser l’eau potable chez les résidents. Une bonne partie des gaspillages en eau potable sur le réseau peut être limitée chez soi. Utiliser une pomme de douche avec un débit réduit et l’installation de toilettes à débit réduit sont de bonnes initiatives pour la salle de bain. Dans la cuisine, on peut faire attention à n’utiliser le lave-vaisselle qu’une fois rempli ou utiliser des bacs de remplissage pour faire la vaisselle manuellement. Dans le jardin, on peut installer des barils de récupération de l’eau de pluie et même aménager des bassins de plantes qui consomment moins d’eau potable, tout en mettant tout aussi bien en valeur le jardin. Aussi, le nettoyage de la voiture peut être fait à l’aide d’une éponge et d’un seau d’eau, ce qui permet d’économiser des dizaines de litres d’eau facilement. Finalement, le remplissage de la piscine devra respecter la réglementation en vigueur. Les multiples backwashs (vidanges et remplissages abusifs) que certains résidents et résidentes exécutent font perdre des milliers de litres d’eau potable en été, alors que la pression sur le réseau d’aqueduc durant cette période est la plus importante. La sensibilisation des propriétaires de piscines reste donc une priorité, notamment à Montréal-Nord.

Depuis 2001, les différents efforts ont permis de diminuer de manière importante la production d’eau potable par habitant dans l’agglomération de Montréal. Même si nous accusons un retard important en matière de réduction du gaspillage de l’eau potable, le tableau suivant montre bien l’impact réel que peuvent avoir les différentes mesures de réduction des pertes et du gaspillage. Nos actions collectives et individuelles ont du poids !

Conclusion

L’amélioration de notre consommation d’eau doit passer par une meilleure gestion et une meilleure utilisation du réseau d’eau potable. Des chercheurs se sont penchés sur l’alternative de l’eau embouteillée comme moyen pour réduire le gaspillage et la consommation. Si la mesure semble réduire en partie la consommation et le gaspillage de l’eau potable, la quantité de déchets générés est énorme : dans une petite municipalité, on pourrait voir une augmentation de 40% des déchets générés. Par conséquent, la solution ne peut se passer d’un réseau collectif d’eau potable. C’est grâce à une vision d’avenir de la gestion du réseau d’eau potable à Montréal que nous pouvons réduire notre consommation et les gaspillages.

Du côté de la Ville, nous verrons une continuation des travaux d’entretien et de remplacement des conduites d’eau, car nous comme encore au rattrapage pour ces installations. Les entreprises sont, quant à elles, de plus en plus conscientes de leur rôle dans le développement durable. Les initiatives privées, mais aussi un leadership des pouvoirs publics en matière de réglementation doivent continuer. Individuellement, nous pouvons changer plusieurs de nos habitudes et adopter des installations plus écologiques en matière de consommation d’eau. La sensibilisation et le travail des acteurs de l’eau potable – Ville-Centre, arrondissements, éco-quartiers, etc. – seront primordiaux dans ces changements à venir. 

Le plastique no 6 : pourquoi ne le recyclons-nous pas ?

Le plastique no 6 : pourquoi ne le recyclons-nous pas ?
Le fameux plastique no 6, si pratique, mais si nuisible, est dans la mire des gouvernements depuis 2019. Le gouvernement fédéral, suite à la publication d’une première étude sur l’impact des microplastiques retrouvés dans nos cours d’eau, a annoncé son intention de légiférer afin de graduellement interdire les plastiques à usage unique. De son côté,  l’administration de la Ville de Montréal souhaite s’attaquer aux plastiques à usage unique, avec comme angle d’attaque principal les contenants en styromousse.
L’impact des microplastiques

En janvier de cette année, une étude de l’Université McGill relevait que la contamination de notre Fleuve Saint-Laurent s’apparente à celle des pires rivières et fleuves de Chine pour ce qui était des microplastiques. Ces microplastiques de moins de 5 mm polluent les eaux et peuvent causer la mort chez les poissons suite à leur ingestion et le blocage de leur système digestif, sans oublier les toxines qui se retrouvent dans ces plastiques. Mais le problème de ces microplastiques ne s’arrête pas là. Les particules nocives remontent la chaîne alimentaire jusque dans nos assiettes. Dernièrement, on relevait à cet effet qu’un américain moyen ingère en moyenne 50 000 particules de microplastique chaque année ! L’importance de trouver le moyen de détourner le plastique, dont une part provient de l’usage de plastiques à usage unique, de nos milieux naturels vers des lieux d’élimination adéquat ou des filiales de recyclage. Évidemment, la réduction à la source du plastique reste l’action la plus efficace à long terme, mais nous y reviendrons plus loin.

Du plastique recyclable qui n’est pas recyclé

Nos achats courants et nos sorties – notre consommation en générale – nous amène inéluctablement à rencontrer ce fameux styromousse. Si au moins nous pouvions le mettre au recyclage l’impact de notre consommation serait réduit, nous disons-nous peut-être… Or, ce n’est malheureusement pas possible à Montréal avec la collecte pêle-mêle hebdomadaire. 


Face à cette situation, il m’est souvent arrivé d’entendre mes proches affirmer qu’en mettant leurs morceaux de styromousse au recyclage, les pouvoirs publics seraient incités à recycler cette matière : rien n’est plus faux. Au mieux le styromousse ne se retrouve pas directement dans la nature et au pire il vient contaminer le reste des matières acceptées, qui elles ne pourront pas être recyclées puisque mêlées à des particules de plastique no 6. Donc ne vous y méprenez pas, le no 6 ça ne va pas au bac vert.

Mais pourquoi n’est-il pas recyclé au juste ? En fait la raison se trouve dans ses attributs qui en font justement un plastique prisé pour certaines activités commerciales : son poids. Le styromousse que vous connaissez est en fait un plastique « expansé ». À partir du matériel de plastique original – appelé Polystyrène – il est possible de d’injecter de l’air et de faire croître 50 fois le volume d’une simple bille de plastique. Cette propriété en fait un matériel – à son état original sous forme de billes – très intéressant économiquement. Le transport du polystyrène, sous cette forme, coûte très peu cher, notamment lorsque l’on peut produire une quantité importante d’items à partir d’une poignée de ces billes. 

Un deuxième avantage économique est que le polystyrène expansé, notre fameuse barquette à légume, nécessite 6 fois moins d’énergie à produire que le carton. Il en coûte donc beaucoup moins cher en terme d’énergie à produire.

Finalement, la résistance à la chaleur du plastique no 6 en général en fait un outil intéressant pour la restauration. Le restaurateur peut donc offrir un produit encore chaud à ses clients même lorsque arrivé à leur porte.

Ce qui en fait un produit aussi intéressant pour les producteurs de cette matière et ses acheteurs (restaurateurs) est aussi ce qui le rend si complexe à recycler. Par exemple, votre styromousse est composé à 98% d’air et de 2 % de plastique. Le problème qui se pose ici est celui du volume. Nous avons donc une matière qui, une fois collectée, est 50 fois plus grande que le produit – en théorie – recyclé. Les coûts en transport et en tri sont donc se situent donc à l’opposé des coûts pour produire cette matière : ils sont énormes pour le peu de matière récolté. Cependant, il est important de noter qu’à Montréal il existe deux endroits où vous pouvez disposer de votre plastique no 6, soit aux écocentres de Lasalle et de Saint-Laurent exclusivement. Bien que le transport soit à vos frais, l’option de la récupération existe à ces endroits.

Au niveau du procédé de recyclage du plastique no 6, les méthodes mécaniques traditionnelles étaient plus ou moins efficaces. Or, depuis peu il existe une entreprise montréalaise qui a développé un procédé par dissolution dans des huiles essentielles et séparation.


Les coûts au niveau du recyclage sont peut-être partiellement réglés et même du transport de la matière une fois recyclée, mais le transport de la matière lors de la collecte et en sortant du centre de tri vers les recycleurs restent très élevés. De plus, le recyclage de cette matière n’est pas actuellement envisageable au niveau du volume qui est généré annuellement. Cette nouvelle entreprise novatrice ne pourra traiter que 600 tonnes de matière annuellement, mais c’est loin de pouvoir répondre à la problématique. Pour mettre des chiffres sur cette situation, pensez aux 92 000 tonnes de plastique no 6 généré chaque année au Québec, envoyés au dépotoir et remplacés par 92 000 tonnes de nouveau plastique no 6 l’année suivante. 600 tonnes de moins c’est bien, mais nettement insuffisant.

La réduction, seule solution !


Dans la foulée de l’interdiction des plastiques à usage unique par la Ville de Montréal et le gouvernement fédéral, à quoi peut-on s’attendre concernant l’usage du plastique no 6 – styromousse ? Plus important, quelles peuvent être les alternatives ?

Premièrement, il nous faut identifier ces matières. Le polystyrène expansé est généralement facile à déceler de par sa texture, son poids très léger et par ses usages spécifiques et connus – restauration, alimentation et protection des biens lors du transport. C’est plutôt du côté du polystyrène rigide que cela se corse. Voici une courte liste non exhaustive d’items généralement peu connus pour leur composition en polystyrène : pot à yaourt, ustensiles à usage unique, couvercle à café pour emporter, glacière, vos verres en plastique de party, petits contenants de lait et de crème et même certains verres en plastique transparents que l’on prendrait à s’y méprendre à d’autres plastiques recyclables et acceptés dans nos collectes. Bref, ce plastique se trouve à plus d’endroits que l’on pense généralement.

Deuxièmement, il nous faut des alternatives au plastique no 6. Nous pouvons donner des pistes à court terme et à long terme.

À court terme, l’usage de matières moins dommageables pour l’environnement reste une option intéressante. La vaisselle et les ustensiles compostables sont de plus en plus abordables et lorsque perdu dans l’environnement finiront par de se décomposer au bout de trois ans maximum. Pour ce qui est de l’alimentation, certaines fruiteries reprennent les barquettes à légumes en styromousse, ce qui permet de réutiliser la matière avant de la jeter. Individuellement, on peut développer l’habitude de refuser le plastique à usage unique lorsque nous commandons au restaurant. Évidemment, on peut chacun et chacune stocker chez soi le plastique no 6 et aller une fois par année à l’un des deux écocentres acceptant cette matière.

À long terme, il faudra penser à remplacer les items à usage unique – compostables ou non – par des items réutilisables le plus largement possible. L’utilisation de vos propres contenants et tasses lors de votre passage à l’épicerie ou à votre service de café rapide préféré est aussi un pas important vers la réduction à la source du plastique. Du côté des supermarchés, la sensibilisation croissante de la population au suremballage alimentaire semble faire du chemin. De manière générale, l’apparition de produits dans de nouvelles matières innovantes pourraient permettre de remplacer à terme le plastique. Prenons par exemple le développement de plastique compostable à base de champignons ou bien la création de glacières réutilisables et compostables : les alternatives durables existent !

En conclusion

Les plastiques à usages unique sont responsable d’une bonne partie des microplastiques si dommageables pour l’environnement et il nécessaire de s’y attaquer. Que soit par des mesures de réduction, de réutilisation ou, dans une moindre mesure, de recyclage, nous avons un rôle à jouer dès maintenant. Profitons du moment et du consensus politique autour de cette problématique travaillons ensemble et individuellement à détourner le plastique de nos milieux naturels… et de nos assiettes.


Sources : 

Éco-Quartier Peter-Mcgill;

Magazine Québec-Science, Microplastique au fond du St-Laurent: parmi les pires cours d’eau étudiés;

Polyform Environnement, LES 10 FAITS DU POLYSTYRÈNE EXPANSÉ DANS L’ENVIRONNEMENT

Radio-Canada, Ottawa veut interdire les articles en plastique à usage unique d’ici 2021;

Radio-Canada, « C’est la dernière année des sacs de plastique à Montréal » – Valérie Plante;

TVA Nouvelles, Du plastique dans votre assiette;

Ville de Montréal – Environnement, Récupération du plastique no 6.

Qui dit ménage du printemps dit Résidus domestiques dangereux

Qui dit ménage du printemps dit Résidus domestiques dangereux

Par Nataël Bureau

Avec la hausse du thermomètre et le début des projets d’été, le printemps est l’occasion de faire de la place chez soi et de se débarrasser de toutes sortes d’articles non utilisés, périmés ou défectueux. Pour faire suite à notre article sur les encombrants et les CRD, nous nous penchons cette fois-ci sur les résidus domestiques dangereux. Dans notre mire, nous avons les vieux pots de peinture, les huiles à moteur, les piles et biens d’autres produits.
Qu’est-ce qu’un résidu domestique dangereux ou RDD ?

C’est toujours un défi de se démêler parmi toutes les matières qu’un foyer peut générer. Mais ne vous inquiétez pas, les RDD sont faciles à identifier.

Tout d’abord, pensez à ce que vous entreposez dans ces pièces : la salle de bain, la cuisine, la salle de lavage, sous-sol ou placard ou bien dans le garage ou la remise. Il y a fort à parier qu’une bonne partie des produits entreposés à ces endroits soient des RDD.

Ensuite, un RDD a une ou plusieurs de ces quatre caractéristiques : corrosif, inflammable, toxique ou explosif.

[1]

Finalement, vous tenez cette bouteille en main et vous vous demandez toujours s’il s’agit d’un RDD. Jetez un coup d’œil sur l’emballage et vous verrez si l’un de ces pictogrammes s’y trouve :

Si l’un de ceux-ci s’y trouve, alors il s’agit d’un résidu dangereux.

Que faire avec nos vieux RDD ?

Comme vous l’avez vu plus haut, les caractéristiques des RDD en font des matières qui ne peuvent se retrouver dans les collectes en bordure de rue. En effet, encore trop de RDD se retrouvent au dépotoir et constituent un risque important pour l’environnement, les installations de traitement et les employé.e.s œuvrant dans la gestion des matières résiduelles.

Si les RDD ne constituent qu’environ 1% des matières générées chez les particuliers, leur dangerosité pour la santé et l’environnement dépasse de loin en importance le faible poids qu’ils représentent parmi nos déchets. Lorsqu’envoyés au dépotoir, les RDD peuvent contaminer la nappe phréatique, ainsi qu’endommager les équipements (corrosion, inflammabilité, etc.). De plus, le transport et la disposition de matières toxiques ou dangereuses augmentent le risque pour la santé et la sécurité des travailleur.euse.s, tant lors de la collecte qu’au site d’élimination des ordures. En bref, on ne se débarrasse pas de nos RDD n’importe comment.

Plusieurs options s’offrent à nous lorsque nous venons de terminer notre grand ménage de printemps et que l’on a amassé tous les contenants de matières que nous pensons être des RDD. Nous pouvons planifier une visite lors de la collecte itinérante des RDD, qui a lieu deux fois par année à Montréal-Nord ou nous pouvons faire une tournée à l’écocentre le plus près de chez nous.

Une autre option, peut-être plus appropriée lorsqu’il est impossible de nous présenter lors de la collecte itinérante ou lorsqu’il y a la ruée printanière aux écocentres, est d’utiliser les différents points de dépôt des matières dangereuses. Plusieurs matières dangereuses disposent d’un réseau de collecte alternatif. L’encadré ci-dessous vous présente les principaux.

Dans tous les cas, il est possible d’utiliser l’application Ça va où ? en ligne ou sur son téléphone pour trouver le point de dépôt ou la collecte la plus près. Vous n’avez qu’à indiquer votre ville de résidence (Montréal-Nord) et sélectionner la matière dont vous voulez disposer. L’application vous indiquera la manière et l’endroit les plus appropriés concernant votre RDD.

Qu’arrive-t-il aux matières dont nous nous débarrassons ?

            S’il y a bien une manière d’encourager les gens à disposer correctement de leurs matières, c’est bien en leur montrant à quoi ça sert. Plusieurs matières sont revalorisables et peuvent même être régénérées à leur état d’origine. C’est par exemple le cas de la peinture résidentielle, représentant près de la moitié (+/- 47%) de tous les RDD générés au Québec.

L’association Éco-peinture a pour mission de collecter et d’acheminer à des filiales de valorisation les vieux pots et les fonds de peinture que nous leur acheminons par le biais des différents points de dépôts. La peinture peut y être recyclée et remise à un niveau de qualité suffisant pour la revente. On permet ainsi, par le recyclage de la peinture, de diminuer la production de nouvelles peintures, ce qui s’inscrit dans une vision de réduction à la source des matières, tout en s’assurant que cette matière dangereuse ne se retrouve pas au dépotoir ni dans la nature. Au total, ce sont 7 millions de kilos de peinture qui sont récupérés à travers le Québec ! Le produit fini et recyclé est revendu sous la marque Rona Eco ou Boomerang.

 Il est intéressant de noter que c’est grâce au principe de la Responsabilité élargie des producteurs au Québec, que l’on a accès à différents réseaux de dépôt. En effet, plusieurs entreprises – producteurs ou distributrices- de matières dont l’impact environnemental ou sur la santé de leur produit en fin de vie est important sont désormais tenues d’assurer la collecte et la redirection des matières vers des filiales de valorisation de ces matières. Les derniers changements apportés en 2019 ont permis d’englober plus de de produits et d’entreprises, ainsi qu’à réactualiser les cibles à atteindre en matière de récupération. Financés à l’aide d’une écotaxe sur les produits visés, les différents programmes permettent de détourner d’importantes quantités de matières de l’élimination et d’assurer leur disposition de manière sécuritaire pour nous, pour les travailleur.euse.s du secteur de la gestion des matières résiduelles et, bien évidemment, pour l’environnement.

Conclusion

            Les risques qu’imposent les résidus domestiques dangereux (RDD) en fin de vie sont importants et c’est pourquoi il est important d’en disposer adéquatement. Comme on a pu le constater, plusieurs des RDD chez soi peuvent facilement être recyclés ou valorisés. Alors, faisons un petit effort ensemble pour utiliser les services de collecte offerts et disponibles pour tous et toutes !


[1] Recyc-Québec, Les résidus domestiques dangereux Fiches informatives, En ligne, Lien.

CRD et Encombrants : quels enjeux pour les prochaines années à Montréal-Nord ?

CRD et Encombrants : quels enjeux pour les prochaines années à Montréal-Nord ?

par Nataël Bureau

Que ce soit au début du printemps, près de la période de déménagement ou tout juste après les fêtes, les encombrants et leurs cousins proches, les résidus de construction, démolition et rénovation apparaissent en plus grand nombre au coin de nos rues. S’il est possible de les récupérer (Oui, Oui !), souvent ils se retrouvent avec les ordures. Nous nous penchons ici sur l’enjeu de la revalorisation de ces matières.
Qu’est-ce qu’un encombrant ou des résidus de construction, de rénovation et de démolition (CRD) ?

Il y a deux familles d’encombrants, soit les électroménagers et le mobilier. Tous les électroménagers, ne comportant pas de gaz réfrigérants, peuvent être déposés en bordure de rue le vendredi de chaque mois.  Pour se débarrasser de manière écoresponsable de nos frigos, climatiseurs et compagnie, il est fortement recommandé d’aller porter ces appareils à l’écocentre le plus près. La quantité de gaz que peut dégager un seul frigo aux ordures peut aller jusqu’à 3,7 tonnes métriques en équivalent de CO₂ – un voyage de 17 000 kilomètres en voiture. Il est donc impératif de bien s’en départir.

La gamme de mobilier acceptée est aussi large que sont les goûts en design durant les dernières décennies ! Que ce soit en bois ou en métal, en verre ou en plastique, le mobilier peut être déposé en bordure de rue pour la collecte sélective du vendredi… à condition qu’il ne soit pas rembourré. En effet, les meubles rembourrés sont généralement interdits au niveau de toute la Ville de Montréal, en raison des risques de propagation des parasites, notamment les punaises de lit. C’est aux ordures que l’on doit disposer des meubles rembourrés plutôt.  Même si ce n’est qu’un coussin sur le dossier d’une chaise, ce meuble ne devrait pas se retrouver dans la collecte malheureusement : la santé publique d’abord ! Pour savoir comment disposer de meubles possiblement contaminés, vous pouvez consulter la rubrique sur le sujet en cliquant ici.

Les résidus de construction, de rénovation et de démolition, aussi appelés plus succinctement les CRD, sont pour en majorité les débris provenant des activités liées aux bâtiments et à la voirie. Ici, nous n’avons qu’une grande famille de CRD qui comprend le bois, les morceaux d’asphalte, la roche, les dispositifs de salle de bain, des vitres (non brisées) et à peu près tout ce qui se retrouve dans les murs de votre maison et qui n’est pas une matière dangereuse. L’amiante, malheureusement, encore présent dans les plus vieux bâtiments ne doit pas être déposée dans la collecte sélective ni à un écocentre : il faut faire affaire avec des professionnels à ce moment-là !

La récupération des encombrants et des CRD permet de valoriser ces matières, de diminuer la pression sur nos sites d’enfouissement et de diminuer en partie la quantité des matières produites lorsqu’elles sont réutilisées. L’arrondissement de Montréal-Nord a fait le choix d’offrir hebdomadairement un service de collecte de ces matières : servons-nous-en !

Enjeux de récupération liés aux encombrants en 2019

            Comme nous l’avons mentionné plus haut, les périodes du ménage printanier, des déménagements et des fêtes voient augmenter le nombre d’encombrants déposé en bordure de rue. Une grande partie de ces encombrants sont toujours déposés lors de la journée des ordures, ce qui pose problème à deux niveaux.

Tout d’abord, ces matières ne sont plus collectées avec les ordures ce qui fait augmenter le nombre de résidus sur la voie publique. Cette problématique devient plus importante avec les périodes de déneigement où les trottoirs doivent être déblayés. Pour faciliter les déplacements des piétons et le travail des déblayeurs, il est nécessaire de les déposer au bon moment, c’est-à-dire entre 19h et 7h le vendredi.

Ensuite, les encombrants qui pourraient être pris par inadvertance dans la collecte des ordures ne pourront être revalorisés. De plus, il s’agit de coûts de gestion plus élevés pour les sites d’enfouissement qui rassemblent alors des matières occupant un plus grand volume. Rappelons-nous que l’un des sites les plus importants accueillant 39% des déchets montréalais fermera d’ici 10 ans au rythme actuel[1].

Montréal-Nord a encore du travail à faire pour augmenter la quantité (Kg/Habitant/Année) des encombrants récupérés et atteindre le reste des autres arrondissements de Montréal. En effet, les dernières données de 2018 montre que le taux de récupération pour Montréal-Nord se situe à 59%, en hausse de 4% par rapport à 2017, alors que la moyenne montréalaise se trouve à 70% (68% en 2017)[2]. Un rattrapage est en cours, mais nous devrons continuer à encourager la participation des citoyen.ne.s de Montréal-Nord.

Les matières récupérées, notamment les électroménagers et le mobilier composé de métal, ont de hauts taux de valorisation[3], ce qui rend leur récupération et leur détournement des sites d’enfouissement encore plus intéressants. Avant de terminer sur les encombrants, il faut rappeler qu’il est toujours possible de donner une deuxième vie à une bonne partie de nos meubles. De entreprises et des organismes œuvrent à la remise en condition et à la revente de produits seconde main : informez-vous !

Enjeux de valorisation des CRD en 2019

            Plusieurs municipalités compilent ensemble les chiffres liés aux encombrants et aux CRD. Or, les CRD ne sont pas recyclés, dans la majorité, de la même manière que les encombrants et comportent leurs propres enjeux de valorisation. Que ce soit des agrégats de bitume, du bois peint ou de la pierre concassée, les CRD occupent une part importante des résidus générés à Montréal.

            L’enjeu principal des CRD actuellement porte sur la réduction de ces résidus à la source et au recyclage sur place (par les contracteurs)[4]. En effet, plusieurs techniques plus écologiques issues de l’écogestion de chantier peuvent être utilisées par les contracteurs en construction : utilisation de matériaux plus écologiques ou réutilisés, par exemple. Une autre technique, la déconstruction sélective, permet aussi de retirer graduellement les matières d’un bâtiment et de les trier au fur et à mesure qu’elles sont retirées. Cette dernière technique permet d’augmenter le recyclage sur place et donc de diminuer la génération de résidus envoyés aux centres de tri de CRD.  

            Au niveau des matières recyclées ou revalorisées, le bois, le gypse et la fraction fine sont les enjeux qui occupent les entreprises du secteur et qui font l’objet des dernières innovations en la matière.

            Le tiers du bois vierge (arbres ou charpente) est encore envoyé à l’élimination : un tiers est recyclé dans de nouveaux produits et un tiers est envoyé à la valorisation énergétique. Le bois traité, quant à lui, est presque exclusivement envoyé à la valorisation énergétique (production de chaleur) ou à l’enfouissement. Au niveau du bois traité, une nouvelle technique de « détraitement » élaborée au Québec pourrait permettre de recycler ce bois comme le bois vierge[5]. La technique est encore expérimentale, mais c’est ce genre d’innovation qui nous amènera plus loin dans la gestion de nos résidus.

            Le gypse est une autre matière difficile à recycler ou à revaloriser en raison de son taux de contamination et de sa friabilité comme matière. Au Québec, 90% du gypse, une matière communément trouvée dans nos murs, se retrouvent dans les dépotoirs. Quelques débouchés intéressants commencent cependant à apparaître : réutilisation de la matière dans la production de ciment et recyclage dans de nos nouveaux panneaux. Le recyclage sur place est aussi une avenue, car c’est la désagrégation du panneau durant son transport vers le centre de tri qui l’amène à être rejeté vers l’enfouissement. Pour ce faire il faudra que le secteur de la construction revoie encore une fois ses pratiques sur le chantier et de trouver des manières de recycler ou de valoriser sur place la matière générée.

            Le dernier élément et le plus complexe est la fraction fine : mélange de matières de moins de 2 centimètres. Cette matière mélangée est souvent issue de l’accumulation de particules tombant des courroies dans les centres de tri de CRD. Cette matière mélangée représente le quart des matières sortants des centres de tri de CRD et ne peut plus être utilisée comme agent de recouvrement dans les sites d’enfouissement depuis quelques années en raison du dégagement des odeurs liées au gypse pourrissant. Cette situation a permis de stimuler la recherche de nouveaux débouchés : abrasif hivernal pour les routes, ajout en calcium pour le ciment, etc. Nous sommes encore au niveau des études, mais il s’agit de voies intéressantes pour les 480 000 tonnes produites annuellement de fraction fine.

Conclusion

            Clairement, nous devons collectivement développer des innovations et de nouvelles pratiques afin d’augmenter le recyclage et la valorisation des encombrants et des CRD récupérés. Comme citoyen.ne de Montréal-Nord, ce que nous pouvons faire immédiatement, est de participer aux collectes appropriées et d’en parler avec nos voisins et nos voisines. Ce que nous devons viser : une participation toujours plus nombreuse !

            Chez Éconord, nos patrouilleurs et nos patrouilles environnementales passent chaque été dans nos rues afin de sensibiliser les citoyens et les citoyennes de Montréal-Nord et de les inviter à participer à la collecte des encombrants et CRD. Ces efforts nous permettront de dégager les bordures de rue, de détourner de l’élimination des quantités toujours plus grandes de ces matières et de rattraper le reste de Montréal notre en termes de quantités récupérées.

Si vous les voyez patrouiller durant l’été, n’hésitez pas à leur poser des questions : ils et elles sont formé.e.s pour vous répondre. Sinon, tout au long de l’année vous pouvez nous rejoindre à l’un de nos deux locaux ou consulter le site web de l’arrondissement. Nous tiendrons aussi prochainement des ateliers sur différents thèmes, notamment le tri et les matières résiduelles. Gardez-vous au courant en vous inscrivant à notre infolettre et en consultant notre calendrier. Vous pouvez rejoindre l’auteur de l’article en composant le (514) 326-5447 en semaine pour toute question ou commentaire.


[1] La Presse, Montréal veut adopter des « cibles ambitieuses » pour réduire à zéro la quantité de déchets qu’elle enfouit d’ici 2030, En ligne ,<https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/201910/17/01-5245762-montreal-vise-le-zero-dechet-pour-2030.php>, 20 novembre 2019.

[2] Ville de Montréal, BILAN 2018 DES MATIÈRES RÉSIDUELLES DE L’AGGLOMÉRATION DE MONTRÉAL, En ligne, <http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/ENVIRO_FR/MEDIA/DOCUMENTS/BILAN_2018_MATIERES_RESIDUELLES.PDF>. 20 novembre 2019.

[3] RECYC-QUÉBEC, Les encombrants – Fiches informatives, En ligne, <https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/Fiche-info-encombrants.pdf>, 20 novembre 2019.

[4] RECYC-QUÉBEC, Résidus de construction, de rénovation et de démolition (CRD), En ligne <https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/Fiche-info-crd.pdf>, 20 novembre 2019.

[5] Vecteur Environnement, Résidus de construction, de rénovation et de démolition – Comment les valoriser davantage ?, Septembre 2019, p.40-45.

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